L'archimage
prélude
Au commencement, il y avait onze mondes. Ils étaient beaux et merveilleux, tout comme la vie qui s'y développa. Les humains, ainsi que d'innombrables créatures, édifièrent des villes, plus somptueuses que la nature elle-même, et se développèrent en prospérant. Sur un monde nommé Aartou, une des communauté dépassa rapidement toutes les autres dans tous les domaines. On les appela les Saphiréens, car leurs bâtiments étaient faits d'une matière proche du saphir, de son éclat et de sa grande dureté. Mais au lieu de mépriser les autres peuples, ils les aidèrent et firent du commerce avec eux, de sorte que de nombreuses alliances et traités de paix furent établis. À partir de ce moment là, on dit qu'il advint un véritable âge d'or. Les créatures sombres furent chassées et les prédateurs repoussés. Les Saphiréens, n'ayant plus d'ennemis, inventèrent d'incroyables machines et étendirent leurs villes sur des kilomètres. La plus grande était sans nul doute Arildar, qui se dressait sur le versant d'une haute montagne. Il n'y avait aucune hiérarchie, chacun s'occupait des tâches qui lui convenaient après un accord conclu avec les autres et nul n'était considéré comme inférieur ou moins important. Mais cette paix ne pouvait perdurer indéfiniment.
Le bonheur dura pendant plus de sept siècles, jusqu'au jour au le mal et la corruption fit son apparition pour la première fois, au c½ur même des Saphiréens. Il se nommait Dral . La première fois qu'il tua, ce fut par accident, aussi lui pardonna-t-on son acte. Mais trop vite, il découvrit un vif plaisir à répandre la mort et à ce moment, il était déjà trop tard. Un conseil, composé de ceux que l'on estimait les plus sages, fut rassemblé dans le but de débattre sur son cas. Certains exigeaient qu'on le tue comme il avait lui-même assassiné, mais d'autres, plus indulgents, demandaient simplement qu'il fût chassé de leurs villes et c'est ce qui fut décidé. Malheureusement, cela ne s'arrêta pas là. Dral était particulièrement intelligent et malin. Il savait que si pareille situation se produisait, il lui faudrait un allié. Il en convertit trois, lentement et prudemment, ils acquirent une confiance presque parfaite en lui et grâce à leur aide, il s'enfuit de lui-même. Les membres du conseil estimèrent que, étant donné qu'il avait quitté la ville, il ne représentait plus une menace pour eux. Il se trompaient. Dral se rendit chez les autres peuples et, se présentant comme un voyageur avisé au conseils judicieux, ils les monta les uns contre les autres. À l'aide de sombres fourberies, on le désigna comme roi d'un peuple appelé les Geohars. Après son avènement, Dral employa tout son temps à faire passer les Saphiréens comme des exploiteurs arrogants qui se servaient des autres pour leur profit, ainsi lorsque fut déclarée pour la première fois une guerre entre Arildar et Hegerdir, la plus imposante cité des Geohars, beaucoup se rangèrent sous les ordres de Dral . Pire encore, à l'aide des traîtres à son service dans la ville, les armées parvinrent à y pénétrer. Dral ordonna que l'on tue toute vie, mais il fut blessé et capturé. Quelques jours plus tard, les Saphiréens organisèrent un rassemblement pour juger cet homme, mais Dral dont la folie apparaissait à présent très clairement aux yeux de tous, prononça de terribles paroles et jura de se venger avant de s'enfuir à nouveau. On aurait pu croire que les choses s'arrangeaient, mais il n'en fut rien. Les mensonges de Dral avaient a jamais perturbé l'équilibre qui régnait autrefois. Les peuples, craignant de nouvelles batailles, édifièrent d'immenses citadelles, entourées par des murs imprenables, mais ceci ne fit que renforcer leur méfiance vis à vis des autres. De nouveaux conflits éclatèrent, bien vite, plongeant les gens dans la peur et l'animosité puis, selon l'exemple des Geohars, on désigna des rois pour gouverner les armées. La paix était à jamais perdue.
Chapitre 1 un étranger
Bien des années plus tard, la ville d'Arildar grouillait d'activité à cette heure pourtant matinale. On entendait, dominant le bourdonnement de la foule, les coups de marteau du forgeron qui s'afférait, à la création d'une longue épée et de quelques fers à cheval, plus loin, la place du marché, où se promenaient les badauds venus pour acheter ou pour vendre quelques breloques inutiles ainsi que de la nourriture. Quelques uns se rassemblaient autour d'une estrade où un jeune homme étranger vantait les mérites et l'éclats de telle pierre précieuse ou tel diamant. Un peu plus haut, certains se promenaient dans les immenses écuries, cherchant à acquérir un cheval ou simplement pour voir les beaux. En suivant un petit sentier, on arrivait devant un sombre bâtiment qui était chargés de rumeurs. Les gens le nommaient Ferinhol, et on disait que c'était une école de magie. Mais personne n'osait y entrer pour vérifier ou même s'en assurer, car les magiciens inspirait, depuis toujours, une peur profonde. Par l'autre chemin, qui était en fait une large route, on atteignait la forteresse du roi ou seul quelques rares personnes pouvait y entrer. Cette dernière surplombait l'ensemble de la cité. On apercevait tout en bas, au delà des maisons, de vastes fermes et, plus bas encore, les gigantesques murs de la ville la protégeaient. Juste devant eux, se dressait trois tours de gardes démesurées.
Soudain, les portes de la ville s'ouvrirent pour laisser entrer un cavalier. Celui-ci portait une longue cape, surmontée d'un capuchon. Sans accorder un seul regard à ceux qu'il rencontrait, il galopa dans la ville jusqu'à atteindre Ferinhol. Là, il descendit de sa monture et alla frapper aux portes. Il y eut un instant de silence avant qu'une petite silhouette le fît entrer. L'étranger marcha dans de somptueux couloirs et, en regardant le plafond, il remarqua que des tissus aux vives couleurs en pendaient. Ses pas résonnaient sur le sol de marbres, contrairement à ceux de son guide qui restait silencieux. Ce dernier le conduisit à l'intérieur d'une pièce et se retira. L'étranger observait attentivement ce lieu richement décoré, lorsque quelqu'un entra. Il était grand et semblait vêtu comme un seigneur, alors que si on regardait de plus près, il ne portait aucun bijou, ni aucun accessoire inutile, si ce n'est une bague d'argent à l'index. Il s'avança et dit :
- Je me nomme Talmar et toi ?
Il tendit une main et attendit que l'autre la saisit, mais l'étranger ne le fit pas. Il ôta son capuchon, dévoilant un visage jeune, avant de répondre :
- Je suis Falrek, de la ville de Dirnios qui, comme vous le savez sûrement, est en paix avec Arildar. Je désire apprendre la magie dans votre école.
À ces mots, Talmar fit la moue. Il sortit, invitant Falrek à le suivre. Ils montèrent des escaliers et atteignirent une grande salle contenant une telle quantité de livre qu'une seule vie ne suffirait pas pour tous les consulter. Talmar désigna les tables et les rangées de livres en disant :
- Sais-tu pourquoi il y a si peu de monde ?
Falrek fit non de la tête.
- C'est parce que ceux qui étudient ici, n'y passe qu'une année, ensuite, ils quittent Ferinhol avec un magicien de niveau supérieur et voyage à travers le monde pour une sorte de voyage initiatique. Plus tard, ils voyageront seul. Souviens-toi que pour pratiquer la magie tu devras y consacrer toute ta vie et même ainsi, tu ne connaîtras jamais tout.
- J'en suis conscient.
- Et tu désire néanmoins apprendre la magie ?
Sans l'ombre d'une hésitation, Falrek répondit :
- Oui monsieur.
À ce moment, il lui sembla apercevoir sur le visage de Talmar, un furtif sourire, accompagné d'un clin d'½il. Mais ce n'était sans doute qu'une impression. Ce dernier répondit :
- Dans ce cas, moi, Talmar, grand archimage, te déclare officiellement membre de Ferinhol.
Une vive lueur bleue jaillit de ses mains, serpenta sur le sol et, dessinant de magnifiques motifs sur les murs, révéla l'édifice sous son vrai jour.
Chapitre 2 l'apprentissage
Durant tout le temps qu'il passa à Arildar, Falrek resta à l'intérieur de l'école. Il avait libre accès à la bibliothèque et y restait d'ailleurs le plus clair de son temps. Il dévorait avec une avidité les pages traitant sur les diverse formes de magie, ne s'arrêtant que lorsqu'il lui fallait manger ou dormir, puis se replongeant aussitôt. Il y avait souvent d'autres élèves avec lui, mais ils se parlaient rarement. À quelques occasions, ils se réunissaient à plusieurs pour effectuer un sort difficile. Rapidement, ils parvinrent à faire pousser un buisson en quelques minutes ou à faire jaillir des étincelles d'or de leur mains. Un jour, alors que Falrek lisait un ouvrage traitant de l'alchimie, ils eurent la visite d'un grand mage. Celui-ci s'avança au milieu de la foule qui s'était rassemblé autour de lui et demanda :
- Quelqu'un peut me dire ce quel est la différence entre la magie noir et la magie blanche.
Un élève leva timidement la main.
- La magie noir, c'est la magie maléfique.
Il y eut quelques rires que le mage fit taire avant de répliquer :
- Ce qu'il a dit, n'est pas entièrement faux. Il vous faut savoir que la magie, quelle qu'elle soit n'a pas de couleur. On appelle magie blanche ce qui permet de porter une action bénéfique, telle que la guérison ou l'annulation d'un sortilège. La magie noir en revanche est utilisée pour une tâche négative. Vous pouvez, par exemple faire prendre feu à un arbuste ou frapper un objet hors d'atteinte. Il y a malheureusement des sorts bien plus terribles et puissants. Sachez que n'importe quel magicien, devra un jour utilisé de la magie noir, qu'il ou elle ait le c½ur pur et honnête ou non. Espérons qu'à ce moment là, il saura faire preuve de discernement et de sens moral. Sur ce, je dois vous laisser.
Il y avait cependant quelque chose dont Falrek désirait ardemment faire et qui pourtant n'était que peu ou vaguement mentionné. Il rêvait de pouvoir se changer en animal. Il l'avait toujours voulu. Un jour, il se rendit chez l'archimage, mais celui-ci lui demanda de ne pas s'y intéresser pour le moment. Frustré, le jeune homme retourna à ses occupations. Il apprit beaucoup durant les premiers mois sur des sorts très simples ainsi que sur les propriétés des plantes, par la suite, il dut retenir par c½ur un ancien langage, ainsi que les noms de diverses créatures. Douze mois plus tard environ, on rassembla tous les étudiants, qui étaient une trentaine, dans une immense salle. Il y avait douze grand magicien ainsi que l'archimage. Ce dernier leur demanda, pour passer au statut d'apprenti, de démontrer leur compétences en faisant, chacun leur tour, un sort de leur choix, suffisamment bien réussi. L'un d'eux fit étinceler l'eau d'une coupe, un autre dessina dans l'air, en lettres de lumière, un troisième donna des ailes à un campagnol, ce qui lui donna un air particulièrement ridicule, encore un autre augmenta la taille d'un oiseau. Falrek lui resta immobile. Il n'avait aucune idée de ce qu'il pourrait faire. Puis il se rappela avoir lu cette formule dans un livre. Il savait que cela impressionnerait forcément l'archimage, mais il se demandait si il y parviendrait. Après avoir murmuré les mots de pouvoir à voix basse, il posa les mains à terre et son corps se transforma. Ses bras se rallongèrent et se munirent de griffes, tandis que son visage se recouvrait de poils et que de longues canines lui poussait. Un longue queue sortit de son pantalon, et il poussa un puissant rugissement. Il s'était métamorphosé en un majestueux lion. Il fit le tour de la salle sous les yeux ébahis de ses amis avant de revenir en son centre et de reprendre son apparence humaine. Falrek regarda les juges et se retira pendant que le restes des élèves passaient.
Le soir venu, l'archimage s'approcha de lui et, seul à seul, lui dit :
- Tu étais époustouflant, moi-même, j'étais impressionné. Pourtant, je t'avais déconseiller la métamorphose, car elle comporte bien des risque. Tu risques de ne plus pouvoir redevenir un homme, et même de ne plus le vouloir.
Falrek baissa les yeux, et se tut.
- Mais ce n'est rien, à condition que tu ne le fasses pas trop souvent. À l'avenir, je souhaiterai que tu n'en uses plus. Tu as été pris comme apprenti par l'un des mages. Il se nomme Velderic. Mais si tu le souhaite, notre bibliothèque te seras toujours ouverte.
Le jeune homme le remercia, avant d'aller dormir.
Chapitre 3 le départ
Peu après que le garçon eut quitté la pièce, la porte s'ouvrit et quelqu'un s'avança. Il était de haute stature et ses longs cheveux noirs descendaient dans son dos en formant une queue de cheval. Il avait l'air jeune, mais quand on regardait ses yeux, on y voyait sagesse et quiétude. Il avait cent cinquante ans, bien qu'il en parût quarante. Il marcha vers l'archimage et s'assit à ses côtés. Celui-ci lui demanda :
- Alors, Velderic, mon ami, veux-tu vraiment le prendre pour apprenti ?
L'autre répondit d'une voix grave, mais calme :
- Bien entendu, tu as vu ce dont il est capable ?
- Oui, je faisais justement allusion à cela. Je pense que tu te souviens de la prophétie.
- En effet, celle qui annonce que dix mille années après la création d'Arildar viendrait un jeune garçon demandant à devenir magicien. Il aurait un potentiel plus grand que celui de tous les mages et archimages. On le reconnaîtra lorsqu'il se transformera en un lion majestueux. N'est-ce pas là ce qui vient de se produire ?
- Oui, mais n'attends pas trop de lui, il est peu-être simplement plus doué que les autres. Et si c'est vraiment celui de la prophétie, il faut nous en méfier. Il est dit que son choix ferait basculer l'avenir du monde dans les ténèbres et le chaos.
Velderic opina. Il connaissait les risques qu'il encourait, mais il devait le faire. Il se changea en faucon et s'envola par la fenêtre.
Falrek se leva au première lueur de l'aube. Il alla saluer ses amis, avant de quitter Ferinhol. Il retrouva avec plaisir son cher cheval. Ce dernier était de couleur brune, mais il était grand et lui avait maintes fois sauvé la vie. Il lui caressa le flanc avant de monter sur son dos. Il partit, se rendant à la sortie de la ville, où devait l'attendre le grand mage Velderic. Il traversa les portes et s'arrêta devant un vieux chêne. Après être descendu de sa monture, il s'assit dans l'ombre et attendit en se reposant. Alors qu'il ressassait ses pensée, une voix le tira de son sommeil. Il se releva et vit Velderic qui le regardait, monté sur un cheval blanc. Falrek sourit, au moins ils ne feraient pas la totalité du voyage à pied.
Ils galopèrent tous les jours, en ne s'arrêtant qu'à la nuit tombée et repartant à l'aurore. Parfois, ils descendaient des chevaux et couraient à leur côté, puis ils remontaient et galopaient à nouveau. Jusqu'à présent, le paysage était resté le même, à savoir de vastes plaine verdoyantes parsemées d'arbres magnifiques. Falrek ne se lassait jamais de ces voyages agréables, bien qu'il fallait chevaucher rude, découvrant de nouvelles contrées, sous le chant des oiseaux. De temps à autre, une rivière croisait leur route et, lorsqu'elle était trop large pour être sautée, ils traversaient à gué, marchant près de leurs chevaux pour ne pas leur donner de charges inutiles, puis ils continuaient d'avancer à ce rythme. Lors de leur première nuit, Falrek avait demandé à son maître, car il convenait d'appeler ainsi celui qui transmettait le savoir, où ils se rendaient. Velderic lui avait appris qu'ils allaient à Vahina, la ville des magiciens. On l'avait appelée ainsi car c'était un lieu qui n'était réservé qu'à eux. Il y avait là-bas, disait-on, des secrets que nul autre endroit ne renfermait, si ce n'est Ferinhol. Il y avait des millions de parchemins et d'écrits, les gens se provoquait en duel amical, pour savoir qui parviendrait à créer l'or le plus pur, les tavernes étaient pleine de sorciers se parlant librement de leur sort, sans craindre que des hommes ne tentent de se les approprier. C'était le seul endroit au monde qui n'était uniquement destiné à ceux qui pratiquent la magie.
Les jours qui suivirent, Falrek apprit du grand mage des sorts de plus en plus compliqué, de faire venir à lui un animal, ou de changer la matière d'un objet. Ce dernier point lui prit énormément de temps et souvent, il se vidait de son énergie et pouvait à peine, par la suite, tenir sur son cheval. Velderic lui apprit également à créer des champs de force protecteurs. Certains lui servirait à parer la magie, d'autres à bloquer les attaques physiques. Il l'avertit toutefois, qu'il ne devrait pas s'en servir s'il pouvait l'éviter car lés dépenses d'énergie seraient trop importantes.
Chapitre 4 un long voyage
Ils chevauchaient depuis plus de huit jours déjà lorsque, se distinguant de l'horizon, ils aperçurent une grande ligne bleue. Falrek crut tout d'abord qu'il s'agissait de la mer, mais plus ils se rapprochaient, plus il remarquait des arbres au-delà. Il se rendit compte que si large qu'elle pût être, cette entendue d'eau n'était qu'un fleuve. Le mage lui apprit qu'il était appelé le Dairhen. Mais il ne purent le voir plus longtemps car leur chemin les faisaient descendre dans une profonde gorge, de sorte que les falaises de pierres, le masquait à leur vue. Arrivés en bas, ils découvrirent un croisement. Ils pouvaient, soit longer la rivière qui coulait au fond du précipice, soit prendre un passage très étroit qui remontait de l'autre coté. Un troisième choix s'offrait à eux, mais qui n'était pas des plus attirant. Plus bas, la sombre entrée d'un souterrain s'enfonçait profondément dans les rochers. Velderic s'arrêta et dit :
- Le mieux pour nous, serait d'emprunter la voix souterraine, mais il faudrait abandonner nos chevaux, et je ne le souhaite pas, car nous en aurons encore grandement besoin.
Falrek ne dit rien, mais il se sentit rassuré. Au fond de lui, et bien qu'il ne l'avouerait sans doute jamais, il avait peur de ce que dissimulait les entrailles de la terre.
- Alors, continua le mage, nous pouvons remonter le ravin, mais cela nous éloignera trop de Vahina.
Ils prirent donc le seul chemin qui convenait. Ils avancèrent lentement, suivant le cours de l'eau, durant toute la journée, mais comme l'endroit était oppressant et dangereux à cause des chutes de pierres, ils continuèrent durant la nuit. Puis, à mesure qu'ils marchaient, les paroi baisaient. Enfin, un peu avant l'aube, ils purent quitter le ravin. À présent, ils pouvaient enfin dormir un peu, pas trop, cependant, car Velderic savait qu'au matin, des cavaliers Geohars patrouillaient près des rives du fleuve.
Lorsqu'il se réveilla, Falrek découvrit les eaux étincelantes du Dairhen non loin de lui. Sur sa droite, la rivière qu'ils avaient suivis s'y jetaient dans un vacarme assourdissant, en projetant des gerbes d'écume sur les rochers. C'est seulement à cet instant, qu'il se rendit compte de l'absence de son maître. Il jeta des regards alarmés aux alentours, avant de l'appeler d'une voix forte, mais ce dernier restait introuvable. Soudain, surplombant le fracas des vagues, le son des chevaux lui parvint. Il se retourna vivement et faillit se faire percuter par une horde de cavalier. Ils s'arrêtèrent brutalement et se rapprochèrent de lui. Falrek tenta de reculer, mais ses jambes ne répondirent pas. Il voyait les yeux de ses ennemis qui le toisaient à travers leur casque. Pour eux, il n'était même pas une menace, juste un visiteur indésirable. Celui qui semblait être le chef s'empara d'un long arc et visa le jeune homme. Après quelques secondes, le trait mortel fusa, mais ne toucha pas sa cible. Falrek se releva péniblement et regarda celui qui l'avait sauvé. Velderic se tenait prêt de lui, et la flèche était plantée dans le sol. Le grand mage dégaina un sabre et se plaça devant son apprenti.
- Cours, hurla-t-il, et ne discute pas si tu tiens à la vie !
Falrek hésita, mais lorsqu'il vit les soldats descendre de leur monture et dégainer de larges épées, s'exécuta. Il courut dans le ravin jusqu'à ce que les bruits de lutte s'estompe.
Une heure plus tard, il retourna près du fleuve, mais ne découvrit que quelques corps ainsi que des traces ensanglantées. Ils avaient enlevés son maître. Il devait le retrouver
Chapitre 5 L'attaque se prépare
Hegerdir, la toute puissante et gigantesque cité se dressait, impassible, devant la misère du monde. Une immense forteresse de pierre, bâtie à même la roche, la surplombait en projetant son ombre inquiétante sur les maisons. Le soleil commençait à décliner et pourtant l'agitation ne cessait de croître. Des hommes en armure grise couraient dans les rues, une lance ou un sabre à la main, se précipitant au dessous de la demeure royal. Le soleil couchant se reflétaient à présent sur le métal de leurs armes. Ils avaient le visage grave et triste, mais en même temps solennel, de celui qui va partir à la guerre en étant pas certain de revenir un jour. À l'intérieur, une dizaine de personnes, richement vêtues et un sabre au côté gauche, parlaient d'une voix forte. Ils semblaient se disputer ou, tout au moins, débattre d'un sujet important. Soudain, tous se turent alors que quelqu'un entrait. Celui-ci portait une large cape noir de soie et on pouvait voir deux long cimeterres, ceints dans leur fourreau à sa taille. Un capuchon masquait son visage. Il regarda un instant ceux qui étaient dans la pièce avant de s'approcher du roi. Il n'eut aucune attitude de respect tel que devaient en avoir ceux qui l'approchaient. Il se tint quelques instants devant lui avant de dégainer, avec une extrême vivacité, une dague tranchante et de la lui planter en plein c½ur. Tous poussèrent un cri de surprise, pratiquement à l'unisson et plusieurs d'entre eux dégainèrent leur sabre, mais aucun n'osa s'approcher de lui. Sans doute étaient-ils partagés entre la peur et le désir de vengeance. Mais beaucoup voulaient tout simplement comprendre pourquoi cet homme avait commis son crime. Une femme plaqua une main sur sa bouche. Elle serra les poings et regarda le meurtrier de son seigneur avec un profond dégoût.
- Mais enfin, cria-t-elle, presque exaspérée, qui es-tu ?
L'inconnu esquissa un sourire, dévoilant de petites dents pointues. Il répondit d'une voix doucereuse, mais inquiétante :
- Ainsi, vous ne reconnaissez pas votre souverain ? Même après tant d'années, je suis déçu.
Non, ils ne pouvaient y croire. Celui qu'ils avaient autrefois désigné comme roi et qui les avaient menés vers la gloire ne pouvait être un tueur, et pourtant, ils sentaient qu'il avait dit la vérité. L'homme ôta lentement son capuchon et ils comprirent qu'ils avaient raison. Ce visage n'était peut-être plus exactement celui qu'ils avaient connus, non pas que la vieillesse l'avait modifié, mais il n'était plus tout à fait celui d'un être humain, cependant c'était bien celui de Dral . Il s'avança, les ignorant totalement et alla sur le balcon. Au dehors, des milliers de torches étaient allumées, illuminant la ville dans la nuit. Plus de dix milles soldats étaient attroupés devant les portes du château. Dral lança d'une voix puissante afin que tous l'entendissent :
- Mes frères, je suis le seigneur Dral , je vous ai déjà menés au combat par le passé. Vous souvenez-vous ?
Sa voix avait perdu de son aspect terrifiant et inhumain. Elle était douce, mais fière, comme devait l'être celle d'un roi. S'occupant de ses sujets, mais assez brave pour qu'on puisse s'identifier à lui et combattre sous ses ordres. Il y eut quelques murmures dans les rangs.
- Bientôt, nous allons combattre pour la gloire et l'honneur autant que pour vaincre nos ennemis. Je ne vous le cacherai pas, certains d'entre vous vont mourir, mais au moins ils mourront dans avec bravoure. Nos seront victorieux dans la bataille. Vous devez vous battre pour vos famille, pour vos vies, pour tout ce qui compte pour vous. Votre courage ne doit jamais faillir ou vous périrez. Allons, préparons nous et partons au combat !
Tous répétèrent en ch½ur ces mots, et se rendirent dans leur famille pour faire leur adieu. Ils avaient repris courage. Ils allaient combattre et ils allaient gagner. Ils ne pouvaient perdre. Lorsque Dral revint dans la salle, l'un des hommes lui dit :
- Malgré tout ce que tu as fait, tu étais et reste un admirable chef de guerre.
Dral sourit, mais ne répondit pas. Il quitta le château et, après avoir monté un magnifique cheval noir, rassembla ses troupes.
Les cavaliers préparèrent leur chevaux, et se lancèrent, un lance à la main hors de la ville, bientôt des paladins et des archers. Quand tous se furent rassembler au dehors, l'armée s'ébranla et s'étira, Dral à sa tête. Ils se dirigèrent au nord, la guerre allait commencé.
Chapitre 6 Enfermé
Velderic se réveilla péniblement. Il se rappelait le combat, comment il avait tué ces hommes et comment il avait été attaqué par derrière. Il se rappelait cette lame qui s'enfonçait entre deux côtes, un coup violent sur la nuque, puis plus rien. Il se trouvait, à présent, dans un camp des soldats, visiblement construit à la hâte et qu'on commençait déjà à démonter. Il était enfermer dans une cage de métal, entourée de garde. Il aurait pu s'échapper si ses ennemis n'avaient pas été aussi nombreux, mais il pouvait en voir plus d'une centaine de là où il était emprisonné, il devait y en avoir bien plus encore. Il se demanda un instant ce qui les poussait à se regrouper en si grand nombre, il espérait que les Geohars n'avaient pas l'intention de mener encore une guerre. Il concentra sa magie et plaça ses mains au dessus de la blessure. Il murmura quelques mots et la chaire se referma. Il entendit alors deux soldats passer à côté de lui. Il entendit quelques bribes de leur conversation :
- ... allons ne t'inquiète donc pas tant, nous sommes bien trop nombreux pour ces magiciens.
- Peut-être, mais je n'aime pas l'idée, de me battre contre quelqu'un qui peut me brûler vif en disant quelques mots
- Et moi je te dis que cette bataille à Vahina sera aisément gagnée.
Velderic tenta autant que possible de rester impassible, mais cette nouvelle le marqua. Il avait passé toute son enfance dans cette ville. Sa famille habitait la, elle-aussi, il devait les prévenir.
- Tu sais ce que l'on dit, Dral serait revenu, il aurait pris la place de l'ancien roi.
- Silence, allons dans un endroit plus sûr.
Velderic se raidit. Si ce que ces hommes avaient dit était vrai, ils couraient tous un très grave danger. Il était épuisé, mais il devait absolument trouver un moyen d'avertir Falrek de la situation. Il s'assit en tailleur et se concentra. Son esprit s'évasa. Il put sentir la présence des gardes, puis plus loin de soldats, mais ce n'était pas ce qu'il cherchait. Il sentit plus loin, quelques petits animaux, mais la encore, ne s'y attarda pas. Enfin, il sentit une présence qui l'intéressa au plus haut point, un oiseau. Il concentra toute sa magie sur une seule idée, l'attirer à lui. Au bout de quelques minutes, il entendit un piaillement dans son dos. Il se retourna pour voir une pie noire qui l'observait d'un ½il intrigué. Elle s'approcha de lui lentement, tandis qu'il faisait apparaître un morceau de papier sur lequel il écrivit ceci :
« Falrek, si tu reçois ce message c'est que tu as décidé de me suivre. Dans ce cas, ne t'en tiens pas au traces, car les chevaux iront plus vite que toi. Dirige toi vers la mer, embarque toi sur un bateau et rends-toi à Vahina. Il te faudra absolument y arriver le plus vite possible, car les Geohars l'ont pris pour cible. Il te faut prévenir le grand mage du nom de Saar de l'attaque. En lui présentant cet anneau, il t'écoutera. Il est nécessaire aussi que tu saches, Dral , celui qui troubla la paix et amena le chaos en ce monde, est revenu, mais ne le dit à personne, car pour eux, il est mort, ils ne te croiront pas. Hâte-toi, car le temps joue contre nous.
Velderic »
Il roula la lettre et la fit tenir en place à l'aide d'une de ces bagues, avant de tendre le tout vers la pie. L'oiseau s'en saisit et après un dernier regard, s'envola vers son destinataire.
Chapitre 7 Le message
La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Falrek ne put avancer d'avantage. Il s'arrêta à la lisière d'une forêt, déposa son sac et ses provisions sur le sol, mais n'alluma pas de feu, car il ne voulait pas signaler sa présence. Il avait couru tout le temps, ne marchant que très peu et ne s'arrêtant jamais. Cependant, il n'était pas sûr de pouvoir continuer à ce rythme car les traces commençaient à s'estomper. À mesure qu'on rapprochait du nord, la terre durcissait sous l'action du froid et les sabots des chevaux ne marquaient pratiquement plus le terrain. Il était épuisé et ne sentait plus ses jambes, mais il devait continuer. Soudain, il entendit des cris ainsi que des chocs sourds. Il quitta la forêt et faillit pousser un cri de surprise en découvrant la plaine. Devant lui s'étendait des milliers de tentes et tout autant de torches flamboyantes. Il entendait des chevaux hennir et des soldats courir d'un endroit à l'autre. Il remarqua les mêmes armures que portaient ceux qui les avaient attaqués, mais ils étaient infiniment plus et leurs drapeaux et étendards différaient quelque peu. Falrek n'avait jamais vu pareil armée auparavant, mais comprit qu'un tel rassemblement ne pouvait signifier qu'une seule chose, une guerre prochaine. Mais alors qu'il observait cette multitude de guerriers, il distingua dans la nuit une forme sombre qui se rapprochait en voletant. À sa grande surprise, ce fut un oiseau qui vint se poser sur son épaule. Une magnifique pie. Il lui caressa le bec et prit le papier. Pendant qu'il plaçait la bague dans une de ses poches il se rendit compte que celui qui l'avait apporté poussait d'étrange cri. Il y eut un éclair aveuglant avant que ne se dresse à sa place un grand homme aux cheveux longs et noirs. Ce dernier se présenta comme le mage Wivart, puis s'assit en tailleur et laissa Falrek lire la lettre. Quand celui-ci eut fini, le mage dit d'une voix calme :
- Je suis au courant de son contenu, vais ce que tu trouve le mieux, moi je me rends à Arildar immédiatement.
Falrek porta son regard sur l'immense armée. Elle allait détruire Vahina d'après ce que la lettre disait. Il ne pouvait pourtant abandonner son maître, mais entre la vie d'un homme contre celle d'une ville, le choix était clair, il n'avait pas le choix.
- Je...j'irais à la ville des mages.
Wivart acquiesça et dit avant de se changer en un énorme corbeau :
- Je suis ravi de l'apprendre. Bien, nous nous reverrons certainement...
Le jeune garçon opina à son tour et regarda le mage se transformer et s'envoler. Il se retourna vers la plaine, en se demandant si ceux qu'il avait poursuivi les avait rejoints. Si c'était le cas, Velderic était sans doute mort ou, s'il ne l'était pas, ne pourrait en aucun cas être secouru. Mais s'ils ne l'avaient pas fait ou l'avaient-ils emmenés ? À Hegerdir sans doute ou peut-être dans une de leurs prisons. Il ignorait comment le retrouver, et surtout, comment le délivrer. Après s'être rendu à Vahina, il devrait trouver quelqu'un pour l'aider, mais jusque là, il serait seul. C'est alors qu'il remarqua un cavalier vêtu de noir, chevauchant devant le camp. Il tourna la tête dans la direction de Falrek et se dernier vit avec horreur ses deux yeux rougeoyants briller dans la nuit. L'inconnu semblait le regarder, mais il ne montra aucune réaction. Au bout d'un certain temps, il s'en alla. Falrek ressentit un immense soulagement en le voyant partir. Cette créature l'avait terrorisé. La regarder, c'était comme observer ses plus grandes peur. Il se demanda ce qu'elle pouvait être, mais ne trouva pas de réponse. Comment pareil monstre pouvait côtoyer une si grande armée sans en inquiéter ses hommes. Une autre peur germa en lui. Ce cavalier l'avait vu, il en était sûr. Il se rendit compte qu'il devait partir. Il rassembla ses affaires et retourna dans la forêt. Il s'enfonça suffisamment profondément pour ne pas être découvert, et se dirigea au nord-ouest. Le jour allait bientôt se lever et les soldats avancer. Ils devraient contourner la mer car en embarquant sur des bateaux, on les verrait de loin et ils devraient avoir une trop grande flotte. Le bras de mer sur lequel se trouvait Vahina était plus proche par les eaux, mais on pouvait aussi l'atteindre par la terre. Falrek se hâta d'avantage encore. Il ne devait pas échouer.
Chapitre 8 aux abords de la mer
Le jour suivant, Falrek atteignit, à bout de force, un village marchand, du nom de Jehorron, qui était au centre de plusieurs routes et dont une foule épaisse traversait les rues pavées. Le garçon erra un instant dans la ville puis, comme il lui restait encore quelques pièces d'or il s'acheta des vêtements pour remplacer les anciens qui tombaient en lambeaux. Lorsqu'il eut fini, il pénétra dans une taverne et écouta les conversations en buvant une boisson faiblement alcoolisée. Il supportait très bien l'alcool en temps normal, mais il préférait rester totalement lucide pour mener sa tâche à bien. Comme il n'entendit rien d'intéressant, il se rendit ensuite aux écuries. Bien que n'égalant de loin pas celle d'Arildar, elles offraient une quantité impressionnante de destriers pour une ville aussi petite. Après avoir longuement hésité, Falrek décida de faire l'achat d'un cheval brun de belle taille et qui, d'après l'écuyer, était parfait pour les longs voyages. Le garçon paya cette acquisition au prix fort, mais il lui fallait un cheval endurant. Il ne lui restait presque plus d'argent, mais il espérait pouvoir embarquer sur un bateau pour un prix raisonnable. Il quitta la ville à pied, mais arriver sur la route, il se mit en selle et galopa. Il chevaucha plusieurs heures avant de s'arrêter, pour la dernière fois, du moins l'espérait-il.
Il décida de baptiser l'étalon : Udahir. Ce qui signifiait, dans une ancienne langue de son village natal, le vent. Il mangea un peu, en faisant tous les efforts du monde pour rationner, malgré la faim qui le tenailler car il savait qu'il n'y aurait pas d'autre village avant la cité portuaire de Cerdar qui était une ville Saphiréenne. Dar, nom qui voulait dire citadelle, était employé pour désigner toutes les grandes villes des Saphiréens. Après quelques heures de rude chevauchée, il aperçut enfin la mer se découper à l'horizon. Il pénétra dans la ville avec prudence, se méfiant de tous et tentant de rester aussi discret que possible. Lorsqu'il eut atteint le quai, il observa les gigantesques navires qui y étaient amarrés, avec admiration, certes, mais tout en sachant pertinemment que c'était loin d'être une bonne idée d'embarquer sur l'un d'entre eux. De plus, il n'en aurait pas eu les moyens. La mer était très calme, mais Falrek savait, même s'il ne l'avait jamais vue auparavant, qu'elle pouvait très bien changer radicalement en quelques heures seulement. Il était émerveillé devant cette étendue d'eau si grande qu'elle paraissait infinie. Le soleil se reflétait sur la crête des minuscules vagues et les faisaient scintiller de milles feux. Ça ressemblait quelque peu avec le fleuve du Dairhen, mais en cent mille fois plus vaste. Falrek ressentit alors un sentiment de liberté qu'il n'avait jamais éprouvé par le passé. Il jeta un ½il au ciel bleu azur et se rendit vers les bateau à voile, d'allure plus modeste, mais qui devaient nécessiter moins d'équipage. Il parla un moment avec un homme bourru, mais se rendit compte qu'il n'aurait jamais eu le prix que ce dernier réclamaient. Un autre homme, un marin sans doute, le héla :
- Eh toi là, dit-il, suis-moi, je connais quelqu'un qui pourrait t'aider !
Falrek n'eut guère le temps de répondre, car le marin entrait déjà dans un bar très fréquenté, sans prendre le temps de savoir s'il l'accompagnait. Il le présenta à une personne nommée Serdos. Falrek apprit que ce dernier était un marchand qui se rendait dans cette direction pour faire du commerce. Il manquait d'équipage et les affaires ne semblaient pas marcher très fort, cependant, il préféra ne pas s'étendre sur le sujet. Il but sa chope en silence avant de regarder le jeune homme avec un air très intéressé. Il finit par dire :
- Je ne te demanderai pas pourquoi tu veux te rendre à Vahina car se sont tes affaires, mais j'accepte de t'y déposer gratuitement, si tu accomplis ta part de tâches sur le bateau.
Falrek le remercia et confirma sa réponse.
- Dans ce cas rejoins-moi sur le quai, demain à l'aube.
Une fois cela dit, il s'en alla, tandis que Falrek se dirigeait vers le comptoir pour demander une chambre. Après une nuit plutôt agitée à cause des ronflements de l'occupant de la pièce d'à côté, il se rendit auprès de Serdos, sur l'appontement. Il allait enfin pouvoir naviguer sur les flots, pour la première fois de sa vie.
Chapitre 9 Attaque aérienne
Falrek regardait l'écume des vagues, en sentant le vent frais souffler sur son visage. Perdu dans ses pensées, il se demandait s'il serait parvenu à temps. Le ciel était toujours aussi dégagé pourtant, Serdos ne pouvait s'empêcher d'être inquiet. La mer était calme, trop calme aux yeux du marchand. La faible brise ne suffisait pas à les faire avancer aussi vite qu'il l'aurait voulut. Toutefois, cela ne semblait pas être sa seule source d'inquiétude. Lorsque Falrek le lui demanda, il répondit :
- Bah, on raconte que d'étranges monstres attaquent les navires par ici. On les appellent les Krals, ce qui veut dire monstre des airs. Ce sont peut-être des histoires de bonnes femmes, ou peut-être pas. Je préfère être prudent...
Soudain, il s'arrêta et s'écria d'une voix forte :
- Mais que fais-tu donc la ? Crois-tu que je t'emmène pour rêvasser ? Allez, au boulot, le vent se lève !
Falrek comprit son erreur, et courut décrocher les voiles. À peine avait-il terminé qu'une rafale les gonfla brusquement. Le bateau s'ébranla et avança plus vite que jamais. Le marchand poussa un cri de joie. Ils allaient peut-être atteindre Vahina avant la nuit. Ce dernier avait horreur de voyager la nuit, de plus il aurait sans doute perdu beaucoup d'argent en arrivant trop tard. Falrek, lui aussi, était au comble de la joie. Il alla à la proue du bateau et la regarda fendre les flots. Puis, il retourna s'occuper des cordages. Après deux heures à cette allure, la vigile poussa un grand cri en désignant quelque chose au loin. En quelques instants, une dizaine de créatures apparut au dessus d'eux. Ils avaient une peau lisse et écailleuse, de grandes mains, terminées par de longues griffes acérées. Deux ailes jaillissaient de leur dos et leur permettaient de voler. Ils plongèrent soudain sur le bateau, attaquant certains hommes de leurs griffes, emportant d'autres au loin et les envoyant sur les rochers où ils se brisaient les os. Les marins tentèrent de se défendre du mieux qu'ils pouvaient, mais aucun n'avait d'arme. Serdos grogna, puis courut dans la cale, après avoir demander à demander à cinq hommes, dont Falrek, de le suivre. Il donna à chacun un sabre ainsi qu'un arc et un carquois. Dès qu'ils s'étaient armés, les marins, transformés en soldats, coururent sur le pont. Serdos s'empara d'un sac de tissu et les accompagna. Arrivés sur le pont, ils découvrirent des corps un peu partout, mais le nombre de ceux qui résistaient était encore suffisant pour espérer une victoire. Serdos demanda à Falrek de dégainer son sabre et de se placer devant lui. Il lança alors une dague, qu'il avait pris dans le sac, à chaque homme désarmé. Une fois cela fait, il dit à l'intention de Falrek :
- Attaque ceux qui s'approchent un peu trop, je m'occupe des autres.
Il banda son arc et tira. La flèche alla se planter dans le c½ur d'un des monstres. Ce dernier poussa un hurlement suraigu avant de s'écrouler sur le pont en répandant une tache de sang verte. Les autres hommes ne tardèrent pas à prendre position de la sorte, un archer protégé par un guerrier au sabre. Un des monstres plongea sur Falrek et tenta de lui trancher la gorge, mais le garçon l'évita de justesse et lui coupa la tête. En quelques minutes, l'assaut fut repoussé, mais les monstres ne se retirèrent pas pour autant. Ils se jetèrent à travers les voiles, les lacérant et les rendant inutiles, puis elles s'enfuirent vers la côte. Falrek poussa un soupir, à la fois de soulagement et de désespoir et se laissa tomber sur le sol. Serdos s'approcha de lui et, en lui posant une main sur l'épaule, dit :
- Au moins, nous sommes encore en vie, même si ce n'est pas le cas de tous.
- Peut-être, mais avec les voiles dans cette états, nous n'arriverons pas à Vahina avant longtemps.
Le marchand se frotta le menton, sur lequel poussait une barbe naissante et répondit :
- Est-ce plus important que la vie de l'équipage ?
Falrek était tenté de répondre par l'affirmative, mais il ne pourrait répondre aux questions qui lui seraient ensuite posée sans éveiller les soupçons sur sa mission. Il se tut, laissant parler l'eau à sa place.
Chapitre 10 dans la forêt
Le navire s'arrêta non loin de la côte. Serdos observa les voiles et conclut qu'il n'était pas envisageable de les réparer sans des pièces de tissu supplémentaires. Avec ce qu'il en restait, le bateau pourrait tout de même atteindre sa destination, mais pas avant trois ou quatre jours.
- Je suis ruiné, soupira-t-il avec lassitude, cette affaire constituait l'une des plus importantes de ma vie.
Falrek réfléchit un instant puis lui dit :
- Je vais rejoindre Vahina par la terre.
Le marchand le regarda, surpris, et répliqua :
- Très bien, mais si ta tâche est assez importante pour que tu préfère risquer ta vie pour l'accomplir, je désire t'accompagner. Ne veux-tu donc pas me dire de quoi il retourne ?
Le garçon promit de le faire, une fois dans la forêt. Après un dernier adieu à leur capitaine, les hommes firent descendre une chaloupe. Lorsqu'il atteignirent la plage, Serdos cacha l'embarcation dans des buissons et dégaina un sabre. Il en aurait certainement besoin pour trancher les branches qui leur barrerait le chemin. Ils avancèrent très péniblement durant la première heure, si bien que Falrek en vint à se demander s'il avait fait le bon choix, mais ensuite, les arbres se firent plus espacés et ils n'eurent plus besoin de leurs lames. La forêt était à présent beaucoup plus accueillante, à part quelques racines ou plusieurs branches mortes, ils ne rencontrèrent aucun obstacle, mieux, les mystérieuses créatures ailées ne semblaient pas pouvoir pénétrer dans les bois. Profitants de quelques rochers, ils firent une pause.
- Alors, dit Serdos, es-tu décidé à me dire ce que tu compte faire ?
Falrek hésita, cet homme pouvait très bien être un serviteur des Geohars, il devait se méfier de lui, comme des autres. Malgré cela, il était conscient qu'il ne pourrait bénéficier totalement de son aide qu'en lui disant la vérité. Il décida donc de répondre :
- Une immense armée se dirige en ce moment même sur Vahina. Je dois les avertir du danger où sinon, ils se feront massacrer. J'ai été choisi pour cela selon les ordres de mon maître, je suis un mage, ou plutôt un apprenti mage, formé à Ferinhol. La guerre va bientôt commencer, elle touchera toutes les villes, et peut-être même plus, si Vahina est détruite. J'ai vu que tu étais très fort, veux-tu prendre part à cette bataille ?
Le marchand ne dit rien et tenta de digérer ce qu'on venait de lui dire. De toute sa vie, il n'avait connu que la paix. Certes, certains accrochages avec des bandits ou des monstres lui avaient appris le maniement des armes, mais de là à participer à une guerre. C'était impensable. Mais il pensa à sa famille, sa femme et son fils, il ne pouvait imaginer les voir massacrer par les soldats. Vahina devait tenir, et il ferait son possible pour l'y aider.
- Je viendrais, finit-il par dire.
Falrek poussa un sourire de contentement et tous deux se remirent en marche.
Chapitre 11 Vahina la grande
Après plusieurs heures d'une marche épuisante, ils les virent, les hauts et imprenables murs de la cité des mages. À sa vue, ils éprouvèrent un vif soulagement car leur mission était accomplie, ils avaient réussis, mais également une pointe d'appréhension dans l'attente de la guerre. Ils chassèrent immédiatement ce sentiment, avec honte, comme s'ils ne devaient ressentir que du courage et de la fierté à se battre pour ce qu'ils croyaient juste, et se dirigèrent vers la ville. Ayant été bâtie dans un temps de paix absolue, Vahina était fort mal située pour soutenir un siège ainsi que pour essuyer une bataille, cependant, et sans doute grâce à la magie, la cité octogonale avait su se protéger derrière des murs larges et imposants. La face nord ainsi que celle nord-ouest, bien proches de la mer, avaient été enrichies de catapultes ainsi que de larges miroirs, dans le but de parer une attaque maritime. C'était sans doute ce qui avait poussé les Geohars à attaquer par la terre. Au sud, l'immense forêt formait une barrière naturelle contre l'avancée d'une armée et au sud-est, cette dernière faisait place à une gigantesque plaine qui pourrait faire un champs de bataille idéal afin de protéger les habitants. Ainsi, si, au premiers abords, Vahina semblait faible et vulnérable, en y réfléchissant, on se rendait compte qu'il n'en était rien. D'ailleurs, Serdos grogna :
- Eh ben, ils savaient ce qu'ils faisaient...
Falrek opina, mais ne répondit pas. Il se demandait combien de temps il restait avant l'attaque. En quelques minutes, ils atteignirent les portes de la ville. Tout aussi impressionnantes, elles semblaient scellées par une multitude de sortilège de sorte qu'il paraissait impossible de la forcer. Falrek remarquer plus d'une centaine de statues qui longeaient les murs. Elles devaient faire entre deux et trois mètres de haut et représentaient des hommes au combat tenants de longues épées. Elles semblaient particulièrement récentes à côté du reste de la cité, de plus leurs armes avaient l'air très fines, bien que faites de pierre. Serdos s'apprêta à frapper, mais se rappelant que l'on ne pouvait entrer à moins d'être accompagné d'un mage ou d'en être in soi-même. Il baissa la main et se tourna vers Falrek. Le jeune homme recula d'un pas et dit comme s'il aurait réciter une formule :
- Je suis venu de la part du grand mage Velderic. Je désire parler avec le roi de la cité. Puisse les portes de cette dernière s'ouvrir pour nous laisser entrer.
On eût dit qu'il s'adressait plus à Vahina elle-même qu'à ces occupants, mais apparemment, il avait ce qu'il fallait car les portes grincèrent et s'ouvrirent vers l'extérieur. Encore une fois, ce simple détail était une preuve de l'habilité de son ou de ses architectes. Ces portes seraient plus difficiles à enfoncer avec un bélier que d'autres s'ouvrant vers l'intérieur. Néanmoins quelques choses dans cette attitude intrigua Falrek. La ville avait été édifiée environ cent ans avant la première guerre entre Hegerdir et Arildar, comment alors, celui qui en avait fait les plans avait-il prévoir jusqu'à son emplacement pour qu'elle soit aussi bien protégée. Peut-être n'était-ce que le fruit du hasard, mais Falrek ne parvint pas à s'en persuader. C'est encore l'esprit empli de doutes qu'il suivit Serdos dans la ville. On les conduisit dans une partie intérieure de la ville qui était d'avantage fortifiée et Serdos dut attendre dans une chambre simples, mais confortable tandis que Falrek fut amené devant le conseil qui dirigeait Vahina. Il était constitué de huit membres, en référence à la forme de la ville, et chacun était supposé avoir la même importance, mais il était clairement visible que l'un d'entre eux était plus influent. Lorsqu'on les présenta à Falrek, il appris que ce dernier s'appelait Eralhem. Le garçon en avait déjà entendu parler, on disait que seul l'archimage Talmar avait plus d'influence que lui. Falrek s'avança et commença son récit.
à suivre